Cinq heures et demie à l’Embassy. J’attends mon “ombrelle” d’hier au soir. J’ai besoin d’un whisky. Si timide au fond, et furieux à l’avance qu’elle ne vienne pas. C’est ma curiosité surtout qui serait désolée.
Cinq heures trente-cinq. La voilà déjà! Est-ce bien elle? Ravissante, longue, mince, avec cette petite bouche épaisse et ses yeux en porcelaine tête-de-nègre. Son manteau de fourrure s’écarte sur une bouffée de parfum tiède. Nous allons danser. Mexicaine? Cubaine? Sa tête très petite est posée sur un très long cou. Grande, sa bouche m’arrive au menton. En dansant ma bouche n’est pas loin de sa bouche... Sa mèche les frôle toutes les deux.
“Roumaine. Je m’appelle Renée P... J’étais mannequin chez Doeuillet...”
Un gâteau. Elle retire ses gants. De longues mains de petite fille. Dans ma tête quelque chose se met à danser en pensant qu’un jour peut-être elle consentirait à peindre les ongles de ces mains-là...



Journal, Paris, 7 mars 1930.

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